Ado : ce n'est pas ta faute...
- Muriel Pélas

- 5 avr.
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 avr.

« Tout le monde dit que c'est moi qui ai un problème. Mais au fond de moi, je sens que c'est pas que moi. » — En séance, 15 ans.
Si tu lis cet article, c'est peut-être parce que tu cherches des réponses que personne ne te donne. Peut-être que tu vas mal et que tu ne sais pas pourquoi. Peut-être qu'on t'a dit que tu étais « trop sensible », « ingérable », « difficile », « paresseux », « à problèmes ». Peut-être que tu le crois.
Alors je vais te dire quelque chose que personne ne t'a probablement jamais dit :
Ce n'est pas ta faute.
Ce que tu vis — l'anxiété, la colère, la tristesse, le vide, l'envie de ne plus être là, le décrochage, l'épuisement, les crises — ce ne sont pas tes défauts. Ce sont des signaux. Ton corps et ton cerveau expriment quelque chose que tu ne peux pas encore nommer, quelque chose qui souvent dépasse ta propre histoire et plonge dans celle de ta famille.
La recherche en psychologie le dit depuis 50 ans : quand un ado va mal, c'est rarement « son » problème. C'est le système familial qui parle à travers lui. Les thérapeutes appellent ça le « patient désigné » — celui qui, par ses symptômes, exprime le malaise de toute la famille. Les autres se taisent. Toi, tu parles. Avec ton corps, tes émotions, ton comportement. Et au lieu de t'écouter, on te demande de te taire.
Sources : Minuchin, Families and Family Therapy, 1974 ; approche systémique familiale.
Pourquoi tu absorbes tout
Ton cerveau n'est pas encore fini. Ce n'est pas une insulte — c'est de la biologie.
Le cortex préfrontal, la partie de ton cerveau qui permet de prendre du recul, de réguler tes émotions, de réfléchir avant d'agir, ne termine sa maturation que vers 23 à 25 ans. En revanche, ton amygdale — le centre des émotions, de la peur, de la réactivité — fonctionne déjà à plein régime.
Tu ressens tout avec une intensité d'adulte, mais tu n'as pas encore les outils neurologiques pour filtrer.
Quand tes parents se disputent, quand l'ambiance à la maison est lourde, quand on te critique, quand on ne te regarde pas — ton système nerveux absorbe tout, sans filtre.
Et il stocke tout ça dans ton corps : tensions, insomnies, maux de ventre, crises d'angoisse, envie de te faire du mal, envie de disparaître.
Ce n'est pas de la faiblesse. C'est ton cerveau qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il reçoit.
Sources : Gogtay et al., PNAS, 2004 ; Steinberg, 2015 ; Somerville, Neuron, 2016.
Ce que tes parents t'ont transmis sans le vouloir (ou pas)
Tes parents ont leurs propres blessures. Leurs propres parents leur ont transmis des peurs, des croyances, des manques, des silences. Et tes parents te les transmettent à leur tour — pas parce qu'ils sont méchants, mais parce qu'on ne peut pas donner ce qu'on n'a pas reçu.
Un parent qui n'a jamais été écouté enfant ne sait pas écouter. Un parent qui a appris que l'amour se gagne par la performance va exiger de toi la performance. Un parent qui a grandi dans le chaos va reproduire le chaos ou, à l'inverse, tout contrôler pour l'éviter. Un parent qui a été abandonné va s'accrocher à toi ou, au contraire, ne pas s'attacher pour ne pas souffrir.
Ce n'est pas un hasard si tu « as des problèmes ». Ce n'est pas un hasard si tu te sens mal. Tu portes des empreintes qui ne t'appartiennent pas. Des programmes émotionnels écrits avant ta naissance, qui tournent en arrière-plan dans ton système nerveux.
La vraie question, ce n'est pas « qu'est-ce qui ne va pas chez toi ». C'est : qu'est-ce qui s'est passé autour de toi.
Sources : Bowlby, théorie de l'attachement, 1969 ; van der Kolk, The Body Keeps the Score, 2014 ; transmission intergénérationnelle du trauma, Liu et al., 2024.
Trois scénarios — et tu te reconnais peut-être dans l'un d'eux
Scénario 1 : Tu n'iras jamais en thérapie — et ce n'est pas de ta faute non plus
Tes parents refusent. Peut-être qu'ils disent que tu n'en as pas besoin. Peut-être qu'ils disent que « les psys c'est pour les fous ». Peut-être qu'ils ont peur de ce qu'un thérapeute pourrait découvrir. Peut-être qu'ils ne veulent pas que quelqu'un regarde ce qui se passe à la maison.
Si ton parent est narcissique — s'il a toujours raison, ne s'excuse jamais, minimise ce que tu ressens, te fait douter de toi — il ne t'emmènera pas en thérapie. Parce que la thérapie, c'est un miroir. Et un miroir, c'est la dernière chose qu'il veut.
Alors tu restes seul avec ce que tu portes.
Ce que je veux te dire : tu n'es pas condamné. Ce que tu vis en ce moment est réel, c'est douloureux, et c'est injuste. Mais ce n'est pas permanent. Ton cerveau est en train de se construire, et il se construira. Un jour, tu auras le pouvoir de choisir pour toi-même — de consulter, de t'éloigner, de te reconstruire.
En attendant, accroche-toi à ce qui est sain autour de toi : un adulte de confiance (un prof, un coach sportif, un oncle, une tante, un parent d'ami), un ami qui te comprend, une activité qui te fait du bien.
Et retiens ceci : ce que tes parents te disent sur toi ne te définit pas. Ce qu'ils ne te donnent pas ne dit rien de ta valeur. Tu n'es pas ce qu'on t'a mis dessus. Tu es ce qui pousse en dessous.
Scénario 2 : Tu es envoyé en thérapie parce que « tu as un problème » — mais la thérapie risque de s'arrêter
Tes parents t'emmènent chez un thérapeute. Mais la demande, c'est : « réparez-le ». Ils pensent que c'est toi qui dois changer. Que le thérapeute va te rendre « normal », « calme », « obéissant ».
Et au début, ça avance. Tu te sens écouté pour la première fois. Tu commences à mettre des mots. Tu commences à comprendre d'où vient ta souffrance. Tu commences à poser des limites. Tu changes.
Et c'est là que ça coince.
Parce que quand tu changes, l'équilibre familial bouge.
Si tu poses des limites, le parent qui contrôlait tout se sent menacé. Si tu dis ce que tu ressens, le parent qui fuyait les émotions est mal à l'aise. Si tu refuses de porter le rôle qu'on t'a assigné — l'enfant sage, l'enfant invisible, l'enfant responsable de tout — le système tremble.
Et le parent retire le tapis. « Ça ne sert à rien. » « C'est trop cher. » « Il va mieux maintenant. » La vraie raison : la thérapie commence à poser des questions que le parent ne veut pas entendre. Il se choisit lui plutôt que toi.
Ce que je veux te dire : si ta thérapie s'arrête comme ça, ce n'est pas parce que ça ne marchait pas. C'est parce que ça marchait trop bien. Ce que tu as compris en séance, ce que tu as ressenti, ce que tu as commencé à nommer — personne ne peut te le reprendre. C'est à toi. Et le jour où tu pourras choisir pour toi-même, tu sauras exactement où reprendre.
Scénario 3 : Tes parents viendront avec toi — parce qu'ils ont compris
Ce scénario existe. Il est plus rare, mais il existe. Des parents qui, au lieu de dire « réparez-le », disent : « Qu'est-ce qu'on ne voit pas ? Qu'est-ce qu'on fait qui lui fait du mal ? Comment on peut changer ? »
Ces parents ne sont pas parfaits. Ils ont leurs propres blessures, leurs propres empreintes, leurs propres angles morts.
Mais ils ont une chose que les autres n'ont pas : la capacité de mettre leur enfant avant leur ego.
C'est un acte de courage immense. Parce que se regarder en face, reconnaître que ses propres blessures non traitées impactent son enfant, accepter de remonter dans sa propre histoire — ça fait mal. Ça demande de renoncer à l'image du « bon parent » pour devenir un parent réel.
Quand un parent fait ce travail, tout change. L'ado n'est plus le patient désigné. Il n'est plus celui qu'on emmène pour être réparé. Il devient celui qui a eu le courage de sonner l'alarme — et dont la famille a eu le courage d'écouter.
Ce que je veux te dire si tu es dans ce scénario : tes parents ne sont pas parfaits, mais ils font quelque chose d'extraordinaire. Ils acceptent de se remettre en question pour toi. Ce n'est pas rien. Et le travail que vous faites ensemble — toi en séance, eux en séance — c'est ce qui va casser la transmission. Ce que tes grands-parents ont transmis à tes parents, et que tes parents t'ont transmis malgré eux, ça peut s'arrêter là. Avec toi. C'est de l'amour véritable, c'est normal et incroyable en même temps; ce sont leur devoir et leur responsabilité de comprendre leur rôle qui se joue dans ta vie.
La différence entre faute et responsabilité
Quand on dit qu'un ado exprime le malaise familial, les parents entendent : « C'est ma faute. » Et ils se braquent. Ou ils culpabilisent. Ou ils partent.
Alors soyons clairs : la faute, ça accuse. La responsabilité, ça libère.
Aucun parent ne choisit de transmettre ses blessures. Mais chaque parent a la responsabilité de regarder ce qu'il transmet. La question n'est pas « est-ce que je suis un bon parent ». La question est : « est-ce que mes propres blessures agissent encore à travers moi, malgré mon amour ? »
Et pour les ados qui lisent ceci : quoi qu'il se passe dans ta famille, tu n'es responsable de rien. Tu n'as pas à réparer tes parents. Tu n'as pas à les protéger. Tu n'as pas à porter leurs histoires. Tu n'as pas à devenir l'adulte de la maison pour compenser un adulte qui ne tient pas son rôle.
Ta seule responsabilité, c'est toi. Et prendre soin de toi, ce n'est pas trahir ta famille — c'est te sauver.
Ce que la thérapie peut faire — et ce qu'elle ne peut pas
La thérapie ne peut pas changer tes parents. Elle ne peut pas effacer ce que tu as vécu. Elle ne peut pas rattraper les années où personne ne t'a écouté.
Mais elle peut te donner des choses que personne ne t'a données :
Des mots. Pour nommer ce que tu vis, ce que tu ressens, ce qui te fait mal. Quand tu peux mettre un mot sur ta souffrance, elle commence à perdre son pouvoir.
Une explication. Comprendre que ce n'est pas ta faute, que ton cerveau n'est pas fini, que tu absorbes ce qui ne t'appartient pas — ça ne fait pas disparaître la douleur, mais ça enlève la honte.
Des outils. Pour réguler ton système nerveux quand tout déborde. La respiration thérapeutique, le mouvement, l'écriture, la créativité — des moyens concrets de traverser les moments où tu te sens submergé.
Un espace. Un endroit où tu peux être toi sans conséquence. Où personne ne te juge, ne te note, ne t'évalue. Où ce que tu dis ne sera pas utilisé contre toi.
Une vérité. Ce que tu vis n'est pas normal. Et ce n'est pas toi qui es anormal.
En Approche MIGS, on travaille sur les 5 dimensions — le mental, le corps, les émotions, les relations, le sens — parce qu'un ado qui va mal, ça ne se résout pas juste en parlant. Ça se travaille aussi avec le corps, avec les mains, avec le mouvement, avec les outils de la Trousse thérapeutique qui t'appartient et que tu emportes chez toi.
Et quand les parents sont prêts à venir en séance, le Bilan de vie 360° MIGS, un suivi thérapeutique leur permettront de voir leurs propres empreintes — pas pour les accuser, mais pour qu'ils comprennent ce qu'ils transmettent malgré eux et sauver leur famille toute entière.
Un dernier mot — pour toi
Si tu es l'ado qui ne pourra jamais consulter : ce que tu vis est injuste. Et le simple fait de chercher des réponses montre que tu as en toi quelque chose que personne ne pourra t'enlever — la conscience que ça ne devrait pas être comme ça. Garde cette conscience. Elle te sauvera.
Si tu es l'ado dont la thérapie a été coupée : ce qu'on t'a donné en séance est à toi pour toujours. Les mots, les prises de conscience, les outils — personne ne peut te les reprendre. Tu reprendras quand tu pourras.
Si tu es l'ado dont les parents font le chemin avec toi : c'est normal et ils ont du courage. Ce que vous construisez ensemble va changer l'histoire de ta famille. La transmission s'arrête avec ceux qui osent la regarder.
Dans les trois cas, retiens ceci :
Tu n'es pas le problème. Tu n'as jamais été le problème. Tu es le messager. Et le jour où on écoutera le message au lieu de punir le messager — tout pourra changer.
« On ne peut pas empêcher un enfant de porter les blessures de ses parents. Mais on peut lui donner les outils pour ne pas les transmettre à son tour. »
Muriel Pélas Psychopraticienne certifiée MIGS · 12 ans d'expérience. Cabinet Espace Baya · 1 rue du Guesclin · Nantes centre - Séances en cabinet, en visio, à domiciledès 13 ans · Collégiens mercredi · Lycéens samedi.
07 63 40 0 08. muriel-pelas.fr
Lire l'E.BOOK Parentalité, disponible dans les Ressources offertes de mon site.
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