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Deuil : quand votre cerveau refuse d'accepter la perte

  • Photo du rédacteur: Muriel Pélas
    Muriel Pélas
  • 20 mars
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 mars

 Deuil : quand votre cerveau refuse d'accepter la perte

Par Muriel Pélas · Psychopraticienne certifiée MIGS · 12 ans d’expérience


« Il est parti depuis un an. Je le sais. Mais chaque soir, j’attends encore le bruit de sa clé dans la serrure. » — En séance.


Le deuil n’est pas une émotion. C’est un processus neurobiologique complexe au cours duquel votre cerveau doit réapprendre à vivre dans un monde où la personne aimée n’est plus là. Et cette réécriture prend du temps — parce que l’attachement est gravé dans vos circuits neuronaux.


Cet article vous explique ce qui se passe réellement dans votre cerveau quand vous perdez quelqu’un — et pourquoi certaines approches thérapeutiques aident à traverser, pas à « faire son deuil » comme on vous le demande trop souvent.



1. Ce que les neurosciences nous apprennent sur le deuil


La chercheuse Mary-Frances O’Connor (Université d’Arizona) a montré que le deuil active le nucleus accumbens — le centre de la récompense du cerveau, le même qui s’active dans l’amour et dans l’addiction. Votre cerveau continue de « chercher » la personne disparue parce qu’il est programmé pour croire qu’elle est encore là, quelque part.


O’Connor parle du modèle « Gone-But-Also-Everlasting » : votre mémoire épisodique sait que la personne est morte, mais votre savoir sémantique profond (construit par des années d’attachement) continue de prédire qu’elle va revenir. Ces deux informations contradictoires créent un conflit neurologique qui explique la durée et l’intensité du deuil.


Au niveau hormonal : le deuil provoque une élévation du cortisol (hormone du stress) et des perturbations de l’ocytocine (hormone du lien). L’amygdale, l’hippocampe et le cortex préfrontal — les trois régions clés de la régulation émotionnelle et de la mémoire — sont profondément affectés.

Sources : O’Connor & Seeley, 2022 ; O’Connor et al., NeuroImage, 2008 ; Statharakos, Brain Science Advances, 2025.



2. Le deuil n’est pas une maladie — mais il peut le devenir


Pour environ 60 % des personnes endeuillées, le processus d’adaptation se fait naturellement, même s’il est douloureux. Les vagues de chagrin deviennent moins intenses et moins fréquentes avec le temps. Mais pour environ 10 % des endeuillés, le deuil se prolonge sans évolution : c’est le trouble du deuil prolongé (TDP), reconnu depuis 2022 dans le DSM-5-TR.


Les facteurs de risque incluent : un attachement insécure préexistant, un faible soutien social, des antécédents de dépression, et un évitement de la réalité de la perte. Le cerveau reste « bloqué » dans la phase de recherche, sans intégrer la permanence de l’absence.



3. Pourquoi « faire son deuil » est une injonction toxique


Les 5 étapes de Kübler-Ross (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) sont un modèle dépassé qui ne reflète pas la réalité du deuil. La recherche contemporaine montre que le deuil n’est pas linéaire. Il n’y a pas d’étapes à cocher. Il y a un processus d’apprentissage au cours duquel votre cerveau réécrit progressivement sa carte du monde.


Dire à quelqu’un « il faut faire ton deuil », c’est comme lui dire « il faut que ton hippocampe intègre la nouvelle réalité ». C’est vrai, mais ça ne s’ordonne pas. Ça s’accompagne.



4. Comment l’Approche MIGS accompagne le deuil


Accueillir sans chronométrer : en MIGS, il n’y a pas de calendrier du deuil. Le processus prend le temps qu’il prend. L’accompagnement commence par la psychoéducation : comprendre ce qui se passe dans votre cerveau aide à normaliser ce que vous vivez.


Réguler le corps : le deuil dérègle le système nerveux autonome. La respiration thérapeutique, le body scan et la marche en nature aident à rétablir un minimum de régulation physiologique — sommeil, appétit, énergie.


Retraiter les souvenirs douloureux : quand le deuil est compliqué par un trauma (mort violente, circonstances traumatisantes), l’EMDR et la stimulation bilatérale permettent de retraiter les images intrusives et les souvenirs figés.


Travailler le sens : la dimension spirituelle du MIGS (qui n’est pas religieuse) est particulièrement pertinente dans le deuil. Quel sens donner à cette perte ? Comment honorer le lien tout en continuant à vivre ? Ces questions existentielles font partie intégrante du processus.



5. Ce que vous pouvez faire dès maintenant


Arrêtez de vous juger : il n’y a pas de « bonne » façon de vivre un deuil. Si vous pleurez encore après un an, c’est normal. Si vous ne pleurez pas, c’est normal aussi. Votre cerveau a son propre rythme d’apprentissage.


Parlez de la personne : la recherche montre que le soutien social et la narration du lien (raconter, se souvenir) facilitent l’intégration de la perte. L’évitement prolonge le deuil.


Prenez soin de votre corps : le deuil est un stress physiologique majeur. Sommeil, alimentation, mouvement — ces bases biologiques sont souvent les premières à s’effondrer et les plus importantes à restaurer.

« Le deuil n’est pas un problème à résoudre. C’est un amour qui cherche où aller. »


Lire l'E.BOOK sur le Renoncement, que vous trouvez dans les Ressources offertes de mon site.



Muriel Pélas

Psychopraticienne certifiée MIGS · 12 ans d’expérience

Cabinet Espace Baya · 1 rue du Guesclin · Nantes centre

Séances en cabinet, en visio, à domicile et en marche thérapeutique en nature


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