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Comprendre le narcissisme

  • Photo du rédacteur: Muriel Pélas
    Muriel Pélas
  • 20 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 mars

Comprendre le narcissisme

Par Muriel Pélas · Psychopraticienne certifiée MIGS · 12 ans d’expérience


« Il a toujours raison. Il ne s’excuse jamais. Si je lui dis que quelque chose me blesse, c’est moi qui suis trop sensible. C’est comme parler à un mur. » — En séance. Tout le monde connaît quelqu’un comme ça.


Cette personne qui ne doute jamais. Qui ramène chaque conversation à elle. Qui ne supporte pas la contradiction. Qui semble indestructible, imperméable à la critique, immune au doute. Elle a « trop confiance en elle », dit-on. En réalité, c’est exactement le contraire.


Ce que la recherche en neurosciences et en psychologie clinique montre aujourd’hui est contre-intuitif mais fondamental : l’excès apparent de confiance en soi est presque toujours un mécanisme de défense qui masque une estime de soi profondément fragile. Et comprendre ce mécanisme change tout — que vous viviez avec cette personne, que vous travailliez avec elle, ou que vous soyez cette personne.



1. Ce n’est pas de la confiance — c’est une armure


En 2021, l’équipe du professeur Pascal Wallisch (Université de New York) a publié une étude qui a marqué le champ : le narcissisme n’est pas un excès d’amour de soi. C’est une adaptation compensatoire pour couvrir une faible estime de soi. La personne qui se « survend » en permanence ne le fait pas parce qu’elle s’aime trop.

Elle le fait parce qu’elle ne s’aime pas assez — et que cette façade est le seul moyen qu’elle a trouvé pour tenir debout.


Le cercle vicieux : plus la personne se survend, plus elle irrite son entourage. Plus son entourage prend ses distances, plus elle se sent rejetée. Plus elle se sent rejetée, plus elle renforce l’armure. Le narcissisme s’auto-alimente.


Source : Kowalchyk et al., Personality and Individual Differences, 2021 ; Wallisch, Université de New York.



2. Les deux visages du narcissisme


La recherche distingue deux formes, qui sont en réalité les deux faces d’une même pièce :

Le narcissisme grandiose — « le mur » : c’est celui qu’on reconnaît le plus facilement. Confiance apparente indestructible, besoin de dominer, intolérance à la contradiction, difficulté à reconnaître ses torts, tendance à minimiser les émotions des autres (« tu es trop sensible »). En surface, il a l’air invulnérable. En profondeur, il est terrifié par le jugement et l’échec.


Le narcissisme vulnérable — « l’éponge » : moins visible, mais tout aussi destructeur. Hypersensibilité au regard des autres, besoin permanent de validation, effondrement face à la critique, repli sur soi, honte chronique. Derrière le retrait, il y a le même mécanisme : une estime de soi trop fragile pour supporter le réel.


La recherche montre que ces deux formes alternent souvent chez la même personne. Le « mur » peut s’effondrer en « éponge » lors d’un échec majeur (divorce, licenciement, deuil). L’« éponge » peut construire un « mur » pour survivre dans un environnement hostile.


Sources : Pincus & Lukowitsky, 2010 ; Fadhila, 2024 ; Kernberg, Les troubles de la personnalité narcissique.



3. Où ça s’installe : les empreintes de l’enfance


Le narcissisme pathologique ne naît pas dans le vide. Il se construit, comme toute empreinte, dans les premières années de vie. Brummelman et al. (2015) ont montré que deux types d’éducation parentale favorisent le narcissisme :

L’enfant survalorisé : des louanges excessives, non liées aux efforts réels (« tu es le meilleur », « tu es exceptionnel »). L’enfant développe un sentiment de supériorité fragile — il a appris que sa valeur dépend de son image, pas de qui il est réellement.


L’enfant négligé émotionnellement : absence de regard, froideur affective, ou alternance imprévisible entre affection et rejet. L’enfant développe une estime de soi défaillante qu’il compense par une façade de toute-puissance : « si personne ne me voit, je vais devenir impossible à ignorer. »


L’enfant instrument : l’enfant utilisé pour satisfaire les besoins narcissiques du parent lui-même (« tu dois réussir pour que je sois fier »). L’enfant apprend que son existence n’a de valeur que dans la performance et le regard de l’autre.


Dans tous les cas, l’empreinte est la même : « je ne suis pas aimé(e) pour ce que je suis, mais pour ce que je montre. » Le narcissisme est la stratégie de survie d’un enfant qui n’a jamais reçu une sécurité affective inconditionnelle.


Sources : Brummelman et al., PNAS, 2015 ; Kernberg, 1975 ; dos Reis et al., 2025.



4. Ce qui se passe dans le cerveau


Les neurosciences complètent le tableau clinique :

Une amygdale hyperréactive au rejet social : le cerveau narcissique traite la critique comme une menace existentielle. L’amygdale déclenche une réponse de défense (attaque ou fuite) là où un cerveau sécure traiterait l’information calmement.


Un cortex préfrontal qui protège l’image plutôt que de réguler l’émotion : au lieu de modérer la réponse de l’amygdale, le cortex préfrontal est mobilisé pour maintenir la façade — justifier, rationaliser, dénigrer l’autre.


Un système de récompense dépendant du regard extérieur : la dopamine (neurotransmetteur du plaisir) n’est libérée que lorsque l’image grandiose est confirmée par l’entourage. Sans admiration, le système s’effondre — comme un sevrage.


Un cortex cingulaire antérieur altéré : cette zone, responsable de l’empathie et de la détection des erreurs, montre un fonctionnement réduit. La personne ne « choisit » pas de manquer d’empathie — son cerveau est littéralement moins équipé pour capter la souffrance de l’autre.


Sources : Murai & Fujiwara, Frontiers in Neuroscience, 2025 ; Somerville et al., Cerebral Cortex, 2010 ; Yang et al., Scientific Reports, 2016.




5. Ce que vivent ceux qui sont autour


Si vous vivez ou travaillez avec une personnalité narcissique, vous connaissez probablement :

L’épuisement émotionnel — chaque interaction demande une énergie considérable. Le doute permanent — « est-ce que c’est moi qui suis fou/folle ? » (c’est ce qu’on appelle le gaslighting).

La marche sur des œufs — vous adaptez votre comportement en permanence pour éviter l’explosion.

La perte de confiance en vous — à force d’être invalidé(e), vous finissez par douter de vos propres perceptions.

L’isolement — la personne narcissique a souvent tendance à couper son entourage de ses autres relations.


Ces effets ne sont pas anodins. La recherche montre que vivre avec une personnalité narcissique peut générer des symptômes proches du stress post-traumatique : hypervigilance, anxiété chronique, perte d’estime de soi, dépression.




6. Deux types de personnes consultent pour narcissisme


Ceux qui le subissent : conjoints, enfants adultes, collègues. Ils viennent parce qu’ils sont épuisés, confus, et souvent culpabilisés. Le premier travail est de nommer ce qui se passe, de valider leur vécu, et de restaurer leur propre estime de soi — celle que la relation a érodée.


Ceux qui s’en rendent compte : plus rare, mais ça arrive. Souvent après un événement qui fissure l’armure (divorce, perte d’emploi, départ des enfants). La personne commence à entrevoir que sa façade ne fonctionne plus. Ce moment de fissure est thérapeutiquement précieux — c’est la fenêtre où le vrai travail peut commencer.



7. Comment l’Approche MIGS aborde le narcissisme


Pour ceux qui le subissent :

le travail porte sur la restauration de l’estime de soi,

la reconnaissance des mécanismes de manipulation (gaslighting, invalidation),

la régulation du système nerveux (souvent en état d’hypervigilance chronique), et

la reconstruction de l’autonomie affective.

L’EMDR est particulièrement efficace pour retraiter les souvenirs traumatisants liés à la relation.


Pour ceux qui en prennent conscience : le travail est plus profond et plus long. Il s’agit de remonter à l’empreinte originelle — celle qui a rendu l’armure nécessaire. Identifier l’enfant derrière le mur. Apprendre à exister sans la façade. Développer une estime de soi fondée sur qui l’on est, pas sur ce que l’on montre.


Dans les deux cas, les 5 dimensions MIGS sont mobilisées :

le mental (psychoéducation sur les mécanismes narcissiques),

le corps (régulation du système nerveux en état d’alerte),

les émotions (retraitement des blessures relationnelles),

les relations (poser des limites, sortir de la dépendance),

le sens (qui suis-je quand j’enlève le masque ?)



8. Ce que vous pouvez faire dès maintenant


Si vous vivez avec une personnalité narcissique : la priorité n’est pas de la changer (vous ne pouvez pas).

La priorité, c’est de vous protéger.

Posez des limites claires.

Arrêtez de chercher à vous justifier — la personne narcissique n’écoute pas pour comprendre, elle écoute pour répliquer.

Et surtout : ne restez pas seul(e). Parlez-en à un professionnel.


Si vous vous reconnaissez dans cette description : c’est déjà un acte de courage immense. La prise de conscience est la première fissure dans l’armure — et c’est par cette fissure que la lumière entre. Un accompagnement thérapeutique peut vous aider à découvrir qui vous êtes sous la façade — et à construire une estime de soi qui n’a plus besoin d’armure.


« Le narcissisme n’est pas un excès d’amour de soi. C’est l’absence d’amour de soi, déguisée en force. Derrière chaque mur, il y a un enfant qui n’a jamais été regardé pour ce qu’il était. »



Muriel Pélas

Psychopraticienne certifiée MIGS · 12 ans d’expérience

Cabinet Espace Baya · 1 rue du Guesclin · Nantes centre

Séances en cabinet, en visio, à domicile et en marche thérapeutique en nature

Contact par téléphone 07 63 40 30 08

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