Thérapie de couple ou coaching de couple positif
- Muriel Pélas

- 3 avr.
- 7 min de lecture

Thérapie de couple ou coaching de couple positif : pourquoi la différence change tout
Quand un couple décide de consulter, la première chose qu'il tape dans Google, c'est « thérapie de couple ». C'est le réflexe. C'est le mot que tout le monde connaît. Mais ce mot —thérapie — porte avec lui une image très précise : un divan, un silence pesant, un professionnel qui fouille le passé, et deux partenaires qui s'accusent mutuellement devant un témoin neutre.
Cette image fait fuir. Et pas n'importe qui : elle fait fuir les hommes.
Une étude publiée dans le Journal of Marital and Family Therapy (2019) montre que 70 % des démarches de thérapie de couple sont initiées par les femmes. Les hommes résistent — non pas parce qu'ils s'en moquent, mais parce que le mot « thérapie » active chez eux un sentiment de vulnérabilité, de jugement et d'échec. La recherche de Parnell & Hammer (2018) confirme que les hommes qui adhèrent aux normes d'autosuffisance et de contrôle émotionnel ont des attitudes significativement plus négatives envers la thérapie de couple. Pour beaucoup d'hommes, consulter revient à admettre qu'ils n'ont pas su « réparer » le problème seuls — et c'est exactement ce que leur éducation leur a interdit.
Résultat : le couple qui a le plus besoin d'aide est souvent celui où l'un des deux refuse de venir.
Ce que la thérapie de couple classique propose — et ses limites
Soyons clairs : la thérapie de couple classique fonctionne.
Les méta-analyses les plus récentes (Roddy et al., 2020 ; Rathgeber et al., 2019) montrent des effets significatifs sur la satisfaction relationnelle à court terme, quelle que soit l'approche — comportementale, émotionnelle, systémique. La thérapie émotionnellement focalisée (EFT) de Sue Johnson, par exemple, obtient 70 % de couples asymptomatiques en fin de traitement.
Mais la recherche identifie aussi des limites importantes.
La première est le maintien des gains dans le temps.
Une méta-analyse de Rathgeber et al. (2019), portant sur 33 essais contrôlés randomisés et 2 730 participants, montre que les effets de la thérapie comportementale de couple ne sont plus significatifs à 12 mois après la fin du traitement (g = 0.06).
Les couples s'améliorent pendant le suivi, puis une partie revient à son point de départ. L'un des facteurs identifiés : lorsque la thérapie se concentre principalement sur l'identification des problèmes sans transmettre d'outils concrets et durables d'autorégulation, les acquis s'érodent une fois le cadre thérapeutique retiré.
La deuxième est la résistance masculine à la démarche.
La recherche de Parnell & Hammer (2018) confirme que les hommes qui adhèrent aux normes d'autosuffisance et de contrôle émotionnel ont des attitudes significativement plus négatives envers la thérapie de couple.
Le mot "thérapie" active chez eux un sentiment de vulnérabilité et d'échec. Résultat : 70 % des demandes sont initiées par les femmes — et dans beaucoup de cas, l'homme vient à reculons, ce qui compromet l'alliance thérapeutique dès le départ.
La troisième est le risque de renforcement des reproches.
Yvon Dallaire, psychologue québécois spécialiste des relations homme-femme pendant plus de 40 ans, observait que l'analyse systématique du passé peut créer ce qu'il appelait un « fatalisme morbide » :
si tout se joue dans l'enfance, à quoi bon ?
Cette observation n'invalide pas les approches classiques — elle pointe un écueil que certains couples rencontrent lorsque les séances deviennent le lieu où l'on compile les griefs au lieu de construire des solutions.
C'est à partir de ces constats — pas contre les thérapies classiques, mais en complément — qu'une approche différente a émergé.
Ce que la recherche de Gottman a changé
Le psychologue américain John Gottman a mené la première étude scientifique de grande envergure sur les couples heureux. Pendant 14 ans, son équipe a observé plus de 2 000 couples dans son laboratoire de l'Université de Washington — le « Love Lab ». Ils ont filmé, mesuré les réponses physiologiques, analysé chaque interaction.
Les résultats ont fait voler en éclats plusieurs croyances fondamentales sur le couple.
Première découverte : les couples heureux ET les couples malheureux ont les mêmes conflits. Six sources de désaccord reviennent systématiquement, et la plupart sont insolubles. La différence n'est pas dans l'absence de conflit — c'est dans la manière de le gérer.
Deuxième découverte : ce n'est ni la passion, ni la communication, ni la sexualité qui prédit le bonheur conjugal à long terme. C'est la qualité du sentiment d'amitié entre les deux partenaires.
Troisième découverte — le ratio 5:1 : les couples stables maintiennent un rapport de 5 interactions positives pour chaque interaction négative. En dehors des conflits, ce ratio monte à 20:1 chez les couples les plus heureux. Quand le ratio descend en dessous de 1:1, Gottman peut prédire le divorce avec une précision de 94 %. Un compliment sincère, un sourire, une main posée sur l'épaule, un simple « merci » — ce sont ces micro-gestes quotidiens qui construisent ou détruisent un couple.
Quatrième découverte : Gottman a identifié quatre comportements qu'il appelle les « quatre cavaliers de l'apocalypse » conjugale — la critique, le mépris, la défensive et le retrait (stonewalling). La présence de ces comportements, en particulier le mépris, est le prédicteur le plus puissant de séparation.
Ces résultats ont conduit Gottman à une conclusion qui rejoint exactement l'approche d'Yvon Dallaire : il est plus efficace de renforcer ce qui fonctionne que de disséquer ce qui ne fonctionne pas.
Le coaching de couple positif : ce que c'est et d'où ça vient
Le protocole que je pratique est issu de la Thérapie Conjugale Positive (TCP), développée par Yvon Dallaire à partir des travaux de Gottman et de plus de 40 ans d'expérience clinique avec les couples. J'ai été formée directement par Yvon Dallaire à ce protocole, aujourd'hui reconnu dans toute la francophonie. Yvon Dallaire est décédé le 31 janvier 2024, ce qui fait de cette formation un héritage direct et rare.
Dallaire appelait son approche « thérapie » parce qu'il était psychologue — c'était le cadre de son titre professionnel. Mais le contenu de la TCP correspond en réalité à ce qu'on appelle aujourd'hui le coaching : une approche à court terme, orientée solutions, centrée sur les forces du couple et sur la responsabilisation de chacun.
C'est pourquoi je la propose sous le nom de coaching de couple positif.
Ce n'est pas un changement de méthode. C'est une mise en cohérence entre ce que l'approche fait réellement et la manière dont on la nomme.
Les 6 dimensions du coaching de couple positif
Le coaching de couple positif repose sur six dimensions complémentaires :
1. L'intelligence émotionnelle conjugale (IEC) — Ne pas laisser les émotions négatives prendre le dessus. Concrètement, cela signifie apprendre à maintenir le ratio de Gottman : se dire 5 à 10 fois plus de compliments que de reproches. Ce n'est pas de la naïveté — c'est de la neurobiologie appliquée.
2. La responsabilité conjugale personnelle (RCP) — Chaque partenaire est 100 % responsable de ses propres actions et réactions. Pas 50/50. Pas « c'est sa faute ». 100 %. Ce principe est le pivot de l'approche : on ne cherche pas à changer l'autre, on prend la responsabilité de sa propre manière d'être dans la relation.
3. Une dimension pédagogique — On vérifie ce que chacun croit savoir sur le couple, l'amour, les différences homme-femme. On confronte ces croyances aux données scientifiques. Ce travail de psychoéducation est essentiel : beaucoup de conflits reposent sur des malentendus fondamentaux que la connaissance peut dissoudre.
4. Une dimension psychologique — Prise de conscience des croyances, des conditionnements, des réactions automatiques. Ce n'est pas une fouille du passé — c'est un éclairage sur les schémas actuels pour pouvoir les modifier.
5. Une dimension expérientielle — Des exercices concrets à pratiquer entre les séances pour remplacer progressivement les comportements qui abîment la relation par des attitudes qui la nourrissent.
6. Une approche axée solutions à court terme — Peu importe le passé ou la situation actuelle, le couple peut toujours s'améliorer en exploitant les forces de chacun plutôt qu'en essayant de corriger les faiblesses. Le coach énergise les solutions, pas les problèmes.
Ce qui distingue le coaching de couple positif de la thérapie classique
Il ne revient pas sur le passé. L'analyse du passé peut créer un fatalisme qui déresponsabilise.
Il met l'accent sur la responsabilité de chacun et sur l'intelligence émotionnelle dans le couple — pas sur les torts de l'un ou de l'autre.
Il évite de présenter un partenaire comme le bourreau et l'autre comme la victime. Les deux sont vus comme partie du problème ET de la solution.
C'est une approche à court terme. Dallaire prévoyait entre 3 et 15 séances. L'objectif est que le couple n'ait plus besoin d'accompagnement le plus rapidement possible.
Le mot « coaching » change la donne pour les hommes. Il active la posture du solutionneur plutôt que celle du patient. On ne vient pas se faire analyser — on vient apprendre à mieux fonctionner ensemble. C'est exactement ce que la recherche de Córdova (2014) recommande : recadrer la démarche comme un « check-up relationnel » plutôt qu'une thérapie, pour désactiver les résistances masculines liées aux normes de masculinité.
Consulter pour mieux s'aimer n'est plus un tabou
La première séance dure 1h30. Les suivantes durent 3 heures, espacées de 3 semaines — ce qui laisse le temps d'intégrer les apprentissages et de pratiquer les exercices dans la vie réelle. Le coaching peut se faire en cabinet à Nantes ou en visio.
Que vous veniez à deux ou seul(e) — parce que votre partenaire n'est pas prêt(e) — le travail peut commencer. La recherche montre qu'un seul partenaire qui change sa manière d'être dans la relation modifie la dynamique du couple entier.
Références :
Gottman, J. M. & Silver, N. (1999). The Seven Principles for Making Marriage Work. Crown Publishers.
Gottman, J. M. (1994). What Predicts Divorce? The Relationship Between Marital Processes and Marital Outcomes. Lawrence Erlbaum Associates.
Gottman, J. M. (2011). The Science of Trust: Emotional Attunement for Couples. W. W. Norton.
Dallaire, Y. Chronique #33 : La thérapie conjugale positive court terme axée solutions. yvondallaire.com.
Dallaire, Y. Chronique #50 : Construire un amour durable ! yvondallaire.com.
Dallaire, Y. Qui sont ces couples heureux ?, Qui sont ces femmes heureuses ?, Qui sont ces hommes heureux ? — Trilogie sur le bonheur conjugal. Éditions Option Santé.
Parnell, K. J. & Hammer, J. H. (2018). Deciding on Couple Therapy: The Role of Masculinity in Relationship Help-Seeking. Psychology of Men & Masculinities.
Spiker, D. A. et al. (2019). Men in unhappy relationships: Perceptions of couple therapy. Journal of Social and Personal Relationships, 36, 2015-2034.
Córdova, J. V. et al. (2014). The Marriage Checkup: A randomized controlled trial of annual relationship health checkups. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 82(4), 592-604.
Muriel Pélas — Psychopraticienne certifiée MIGS — Nantes Formée directement par Yvon Dallaire à la Thérapie Conjugale Positive Cabinet Espace Baya, 1 rue du Guesclin | Visio
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